7. NOUVELLE... Malaise de falaise

 

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Malaise de falaise  

Elle stoppa brutalement au bord de la falaise.

Ses yeux, précipités dans le vide, heurtèrent un petit tas tout sombre, en bas, sur les galets gris-bleu.
Une pensée-sagaie vint se planter avec une violence inouïe tout au fond de son crâne :  « JE L’AI POUSSÉ ! » et ça se mit à saigner partout dans sa tête... abondamment.

Elle épongeait vite, précipitamment, brutalement, maladroitement et ses mains serraient sa poitrine qui se gonflait, se vidait, comme une pompe pour évacuer tout ce sang. Ce sang à elle devenait son sang à lui...et la noyait.
Elle supposa très fort que tous ces galets n’étaient que des éponges, molles, douces... qu’il allait se relever... qu’il n’avait aucune blessure... rien... que tout cela n’était rien... qu’un instant d’elle-même, perdu, un reste de défense, de sauvagerie... une illusion. Du haut de la falaise, le petit tas tout sombre semblait désarticulé.
Elle ne hurlait pas. Tous les cris possibles, disponibles, étaient crevés, percés par la sagaie. L’espace devint immense, irréel, sans bornes... plus d’oiseaux, ni de voiles, que du bleu sombre et plombé, du vent sec, dans son dos, sans odeur.

Il était heureux, au bas de la falaise. La grande muraille au béret vert faisait barre au vent. Un grand calme...et des parfums d’algues et d’eau, et des milliards de cailloux presque ronds, lisses et bleutés, quasiment parfaits. Ses mains les soulevaient un à un, calmement, dans l’espoir menu qu’apparaîtrait soudain une petite pierre insolite, cachée, vivante un peu, avec des formes, des aspérités, une pierre rebelle qui aurait su résister à la mer, garder son identité.

Il était heureux. La sérénité. Aucune pensée pour aucun être. Sous la protection de la falaise... comme un mur entre le monde et lui.
Ses petites mains fouillaient le minéral, à la recherche du moindre signe de fantaisie, du moindre galet qui évoquerait...justement ! Celui-ci était traversé d’une sorte de veine, une courbe bleue, plus bleue, plus sombre sur la face de pierre, comme un sourire...sardonique.

Il leva machinalement la tête vers le sommet de la falaise... Elle le vit bouger, se lever, courir vers la muraille d’une course gaie, enfantine.   

Il était oiseau ! D’une seule envolée, sans même souffler, il franchit les centaines de petites marches glissantes qui menaient là-haut, sur le plateau.
Il les connaissait déjà, il était descendu par-là pendant qu’elle cueillait des fleurs... sauvages.
Il fut vite auprès d’elle, tout rouge, tout vif !
Contre elle, toute pâle, toute morte...! lui saisit le bras, fit tomber les fleurs, montra son caillou et dit :
 « Viens, tu vas attraper la crève ! »

 Nouvelle parue parmi les textes de "Silences"
 
livre d'art publié avec le photographe Didier Cry

Rédigé par William Radet

Publié dans #NOUVELLES

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