7. NOUVELLES... Coupure - Délivrez... (2)

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Coupure !

  

Il la coupa une fois de plus... le sang allait couler...

Il ne lui coupait pourtant que la parole !

Il s’étonnait toujours de cette extrême violence dans son regard, lorsque son sang ne faisait qu’un tour, rapide, rapide comme la montée de sa fureur.

Elle ne supportait plus qu’il tranche, qu’il sabre ses propos, sans plus se soucier des blessures qu’il provoquait.

Lui, pourtant aurait tellement aimé l’entendre plus. Il aimait tellement la vigueur de ses idées, ses indignations, ses enthousiasmes... la finesse de ses indécisions... mais il ne paraissait pas l’écouter.

Il parlait souvent, il parlait beaucoup. Elle restait là, sans presque rien dire. Il avait supposé qu’il s’agissait d’une personne réservée, pudique aussi, qui buvait la vie par les oreilles, gardant pour elle des secrets vraiment secrets. Il sentait qu’ils dialoguaient pourtant beaucoup au travers ses monologues. Il parlait plus qu’il ne le souhaitait, par crainte de rompre le fil...

Aujourd’hui, il n’aimait sa voix que dans la solitude... Ailleurs, elle lui devenait étrangère, organisée, polie par les compromis.

Sa  voix profonde serait l’écriture... mais l’écriture est une voix trop commune lorsqu’elle n’est que style... Il attendrait qu’elle soit un cri, un flot irrésistible, la lave d’un paroxysme!!!

En attendant, il fallait, pour lui plaire, apprendre à se taire. Il se mit à parler, souvent, seul, dans les rues. Il eut bien de la peine à reconnaître les sons audibles de cette nouvelle voix, qui ne parlait qu’à lui. Elle était grave, rauque, sourde, lourde.

Des mots bien trop lourds touchèrent un jour le sol.

Des mots bien trop acides qui touchent, qui tachent. Leur encre bleue nuit. Tous les trottoirs de la ville portaient l’empreinte de mots simples, mais terribles, qui faisaient baisser les yeux des plus rompus. Certains s’essayèrent à les effacer, à frotter très fort... indélébile... à casser le bitume... à jeter les pavés.

Elle se mit à parcourir toutes les voies et les avenues, jubilant, enthousiaste devant ces phrases qui auraient pourtant bien du lui rappeler quelque chose...

Elle rentrait, heureuse, très. Elle lui racontait la rue, toute lue, toute nue, toute crue...

Il souriait, elle riait, elle parlait, parlait... vibrait, vivait...

Et lui pensa soudain qu’il n’arriverait jamais à mourir, bon sang !

Il éclata de rire en silence et faillit se couper la langue. 

 

Nouvelle parue parmi mes textes dans "Traces"
livre d'art publié avec le photographe Bruno Mazodier
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Rédigé par William Radet

Publié dans #NOUVELLES

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