4. TEXTICULES 2... Dix délires ?

Reluque

Une robe verte flotte dans ma nuque.
Là-bas, sous le soleil, des eunuques
se moquent des femmes qui les reluquent.

La robe verte se déchire dans ma nuque.
Les femmes aguichent les eunuques
qui s’amusent qu’on les reluque.

Une cuisse apparaît dans ma nuque.
Un sein jaillit vers les eunuques,
une femme attend qu’on la reluque.

La robe tombe dans ma nuque.
Les femmes sont nues pour les eunuques
qui s’étonnent et qui reluquent.

Tu me caresses derrière la nuque.
Que vont penser les eunuques
des culs des femmes qui les reluquent ?

Déjà, ta main quitte ma nuque.
La peur s’empare des eunuques,
les femmes entre elles se reluquent.

Tu ne regardes plus ma nuque.
Les femmes se moquent des eunuques,
leurs seins, leurs ventres elles se reluquent.

Entre mes cuisses tu reluques.
Tu vois petite, je suis eunuque,
caresse tout de même ma nuque.

 

Suspens a le temps...

Habillée de peaux mortes
Elle remonte les Champs
Et la robe qu’elle porte
est toute tachée de sang
La lumière est trop forte
Qui lui rentre dedans

Et moi derrière la porte
J’attends !

 

Quasiment caïmans

Une belle Hottentote
Aux formes rubicondes
S’avance vers la flotte
Où caïmans abondent

La belle Hottentote
Revient du grand monde
Parmi les plolyglottes
Les caïmans se répondent

 

Drôle de drame

On se retrouve comme deux vieux cons
dans les draps d’un hôtel minable
et toi tu tires sur l’édredon
il fait un froid épouvantable

Tu vois Jojo, c’que t’aurais du
toi qui connaissait du monde
c’était d’monter un nigth

Tu vois Jojo, si j’aurais su
j’aurais posé comme la Joconde
maintenant où veux-tu qu’on aille

On est là à se crêper le chignon
au fond d’un lit abominable
on s’aperçoit qu’on est marron
pour reconstruire quelle rigolade

Tu vois Jojo, c’que t’aurais du
toi qu’a pas peur des mots
c’était d’écrire la Bible

Tu vois Jojo, si j’aurais su
j’aurais fait un marmot
tout rose comme dans les livres

Totoche ! passe-moi la bouteille
et tais-toi, la foule n’a pas d’oreille !

 

Les égouts et les couleuvres

Hommes de mauvais goût
dont la cervelle est un égout,
vous, tristes gens
dont le cœur est transparent,
si de la plume vous êtes invalides
restez à jamais chrysalides.

Que deviendraient nos créateurs ,
nos rédacteurs, nos designeurs ?
Aimeriez-vous que deviennent chômeurs
à cause de vous tous les menteurs 
qui vous vendent du génie
qui monayent mille folies ?

Homme de bon sens
puisque ta vie n’a aucun sens
ne cherche pas le chef-d’œuvre
comme le chat et la couleuvre
ne tourne pas en rond
couche-toi et fait ronron

 

Laque

Sur un lac pelé
Des nénuphars décollés
Découvrent des carrés bleu profond
Et mes yeux trempent jusqu’au fond

Sur un lac pelé
Ma barque a dérivé

Sur des courants profonds
Ma peur traîne jusqu’au fond

Sur le lac cuivré
Un soleil bien tôt couché

Caresse d’un rouge profond
Les vagues qui se défont

Dans mon cerveau gelé
Le soleil glisse cuivré

Sur des carrés bleu profond
Et les rougit vers le fond

Dans mon crâne pelé
Les plaques vertes décollées

Des nénuphars qui se défont
Pénètrent jusqu’au fond

 

A la traîne

Je traîne ma tête lourde
dans les rues surpeuplées
où les oreilles sont sourdes
et les voix baillonnées

Je traîne mes jambes lourdes
dans l’impasse mal famée
où les pensées s’embourbent
et les chants mutilés

Je traîne mon âme gourde
dans les ruelles étouffées
où les silhouettes sont courbes
et les yeux fatigués

Je traîne ma plainte sourde
dans les trains essouflés
où les femmes se poudrent
et sont fac-similés

Je traîne… je traîne…

 

 

Parfois, souvent

Parfois je rêve d’être vieux
d’avoir la paix au fond des yeux
Souvent je rêve d’être un vieillard
un petit père peinard
De minutes en minutes sur mon banc
s’écouleraient des jours lents… lents…

Ignorant la révolte intérieure
qui vous bouffe le cœur
et la jeunesse
Ignorant la passion et la peur
qui vous arrachent les pleurs
et la tendresse

Parfois je rêve d’être un enfant
qui vit sa vie gaiement
Souvent je rêve que j’suis tout p’tit
que ma mère me sourit
me regarde tendrement
et que ça dure longtemps

Ignorant tout des plaies du monde
qui vous bouffent le cœur
et la jeunesse
Ignorant tout de la guerre immonde
qui vous arrachent les pleurs
et la tendresse

Parfois je rêve que je suis moi
je me découvre avec émoi
Souvent je rêve que je suis beau
qu’on me vénère comme un héros
que je suis un génie
qui sait tout de la vie

Ignorant le poids de ma sottise
l’ampleur de ma bêtise
et tout du reste

Ignorant que je suis un raté
que ma réalité
n’est que bassesse

Mais lâchez-moi !
Mais je rêve…
Plus le droit de rêver ?
Alors la liberté
C’était aussi un rêve ?

Lunchez-moi !

 

 

 

Reluque

 

Une robe verte flotte dans ma nuque.

Là-bas, sous le soleil, des eunuques

se moquent des femmes qui les reluquent.

 

La robe verte se déchire dans ma nuque.

Les femmes aguichent les eunuques

qui s’amusent qu’on les reluque.

 

Une cuisse apparaît dans ma nuque.

Un sein jaillit vers les eunuques,

une femme attend qu’on la reluque.

 

La robe tombe dans ma nuque.

Les femmes sont nues pour les eunuques

qui s’étonnent et qui reluquent.

 

Tu me caresses derrière la nuque.

Que vont penser les eunuques

des culs des femmes qui les reluquent ?

 

Déjà, ta main quitte ma nuque.

La peur s’empare des eunuques,

les femmes entre elles se reluquent.

 

Tu ne regardes plus ma nuque.

Les femmes se moquent des eunuques,

leurs seins, leurs ventres elles se reluquent.

 

Entre mes cuisses tu reluques.

Tu vois petite, je suis eunuque,

caresse tout de même ma nuque.

 

HEHO !

 

Sur le dos
le ventre à l’air
un poisson flotte
presque mort

Sur le dos
le ventre à l’air
dans mon salon je flotte
vers la mort

Tout là-haut un halo
tout autour des bibelots
qui flottent
qui fument

Dans cette brume je crève
comme un ballon
comme un poisson
sans eau

Une jambe sans bas
m’enjambe
et je vois
la grande ourse
et la source
de l’émoi

Et c’est moi
qui nage
comme un salaud
qui baigne
dans un boyau
où les rêves meurent
sans ô

Allo !
je sursaute
sur mes reins
et ses seins
qui gonflent
par téléphone
me rendent aphone

Des bas crissent
dans mes oreilles
et se crispent
mes orteils

Le poisson frétille
Le poison pétille

Une voix cherche sa voix jusqu’à moi
et murmure comme un cyanure…

« L…S…D…
vol à destination du néant…
les rêveurs sans possession de leurs idées
sont priés de gagner l’entrée
de l’infini… fini… fini…fini…   FINI ! »

 

 

Style et plume

 

Je prends ma plume.

Le fleuve bleu s’étire sur dix huit carats dorés
et se jette, encore plus bleu, du bec au vélin,
pour devenir mer de mots toujours plus bleus, plus verts, plus noirs.

La couleur des mots n’est pas la couleur du fleuve.
L’encre m’aide à jeter l’ancre.

Canaux grammairiens aux confluents des pensées
dont la précision du débit charme toujours plus
que les alluvions de la parole.

Le fleuve est magique sur le papier
mais le bleu des mots n’égale jamais les bleus du cœur

Plongez dans mon fleuve
suivez mon courant
je vous prête ma barque.

Si la profondeur vous manque
sautez d’un mot à l’autre
comme sur les pierres d’un ruisseau.

* ce texte était une réponse de remerciement 
   destinée à une dame qui m’avait offert un stylo plume

Rédigé par William Radet

Publié dans #TEXTICULES

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