Métro Charonne... Histoire de Paris

Publié le 8 Février 2012

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   Métro Charonne   

 

Février 1962... Dix attentats ont été commis hier, à Paris, par l’OAS. Les cibles sont nombreuses. La bombe qui visait André Malraux a blessé grièvement une enfant de quatre ans, son œil est perdu, elle est défigurée.

Je ne lis pas le journal, je n’ai pas la télé, mais on en parle aujourd’hui au travail. Les typos sont assez politisés à gauche.

Ma journée est finie, je rentre sagement chez moi. Dans l’escalier du métro Charonne, vers la sortie, j’entends la foule, des cris, des coups de feu. Je ne cherche pas à comprendre, je replonge calmement sous terre et je regagne mon placard par Philippe-Auguste. La rue est en effervescence.

Mon transistor m’informe un peu le soir mais les journaux du lendemain sont moins laconiques.

Cette vague d’attentats a poussé la gauche à organiser un rassemblement aujourd’hui place de la Bastille à Paris. Or, suite à l’état d’urgence en vigueur toute manifestation sur la voie publique est interdite. Maurice Papon aurait volontiers toléré cette manifestation mais le Général de Gaulle lui même s’y est opposé. Pour lui, ce rassemblement est “communiste”, ce qui, dans sa bouche, signifie clairement “subversif”, voire “dangereux”. Consignes claires : ne tolérer aucun rassemblement et “faire preuve d’énergie” dans la dispersion des manifestants. Le quadrillage de la manifestation est parfait ; c’est en direction d’une véritable toile d’araignée policière que se dirigent les manifestants, à partir de 18h00. 2845 CRS, gendarmes mobiles et policiers sont organisés en cinq divisions entourant le quartier de la Bastille.

Pour un rassemblement pacifique les organisateurs ont précisé à la radio que “les manifestants sont invités à observer le plus grand calme” et ils prennent la décision de ne pas défiler, estimant que la police ne chargerait pas un rassemblement statique.

A l’heure du rassemblement, les manifestants se heurtent aux forces de l’ordre. Sur la rive droite, la tension monte et quelques affrontements se déclenchent boulevard Beaumarchais. La réponse policière est terrible. On matraque des manifestants, des passants, les hommes, les femmes et personnes âgées, jusque dans les cafés et les stations de métro. L’acharnement est si aveugle que même des policiers en civil seront blessés. C’est boulevard Voltaire et rue de Charonne (donc près de chez moi) que la répression est la plus violente. Alors que les organisateurs donnent le signal de dispersion, les forces de l’ordre, sur ordre du Préfet Papon, chargent le cortège avec une telle brutalité et de façon si soudaine, qu’un mouvement de panique s’empare des manifestants, qui tentent de fuir vers la station de métro la plus proche. Des manifestants portés par la foule, trébuchent dans les escaliers du métro et s’entassent les uns sur les autres. Au lieu d’aider les gens qui suffoquent, les policiers les frappent, les insultent, et n’hésitent pas à jeter sur eux les grilles d’acier qu’ils trouvent au pied des arbres, ou encore des grilles d’aération.

Bilan : huit morts dont un manifestant de quinze ans. Sept d’entre eux sont morts par étouffement, un des suites de blessures à la tête.

Je suis à Paris depuis huit mois.

Mon village s’éloigne et me semble hors du temps.

Je vis définitivement dans un autre monde.

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Extrait de "Griffures et petites caresses" ...sensations d'enfance (pas ma vie)                                   sur mon blog william-radet.fr  figure la partie de 2 à 14 ans                                                  Ce texte (dont quelques données politiques ont été puisées dans Internet)                                         est le seul du genre dans la suite de l'ouvrage (14 à 20 ans) lisible à la demande

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Rédigé par William Radet

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